De Daniel Dobbels

Là où le language

Là où le langage, comme exténué, lassé de son irrésistible puissance métamorphique, cherche à se taire – cherchant moins sa tombe qu’une aire de repos (un cube, un bloc, une matière hantée par la géométrie : mystère sourd), un berceau où le balancement prendrait soin, avec une solidité inespérée, de la blancheur du silence, là où le langage sensible à son aphonie perd ses mesures et meurt au contact des dernières équerres, l’écoute minérale – une pierre d’eau, un cristal, du sel… – ouvre ses fréquences, conjure cette sorte de « silence radio » d’où ne parviennent plus aucune voix, aucune information, aucun message, et par le prodige de la plus étrange des abstractions sculpte un langage de l’inaudible, langage de lumière minérale issue du plus sombre écart.
Les corps s’effacent, les pensées humaines se retirent (meurent-elles alors ?), les dé- serts prennent l’espace ; opacité et transparence se substituent au rythme des nuits et des jours, la terre s’éloigne… et c’est le moment inouï où les pierres, les roches, les failles et l’ordre des minéraux vient au monde, se soudent, solidaires, se forment et se configurent pour construire et perpétuer un monde récusant le vide, conjurant, même muet, le néant. Ordre des choses, ordre des matières, sidérant de reliefs et de beauté insensée. L’énigme est là, multiple, créant (créante, pourrait-on dire) à l’infini le désir d’une parole à venir auquel la science donne ses noms, peut-être sans savoir. Elle appelle un livre – un nouveau livre : celui qui se tient entre nos mains, sous nos yeux, rêvé par Yasmina, au titre de la chance… nom ouvert à la vie.

Daniel Dobbels.