Bain céleste

Bain céleste… crissement, tréfonds et volupté, est un voyage onirique et apocalyptique (ce dernier adjectif entendu au plus près de son étymologie, « apokaluptein » – découvrir, révéler) à fleur d’une photographie. Grâce à un processus d’altération chimique, issu d’une pratique photographique traditionnelle appelée « mordançage », une masse inerte prend vie dans un bain de révélateur. Un paysage anthropomorphe se dévoile, une chair pelliculaire se révèle. La surface épidermique est le théâtre d’une expérience sensorielle, visuelle et sonore. Un épiderme photosensible se décolle, se meut et devient reste. Un micro-organisme et un micro son s’en dégagent et entament un voyage infinitésimal dans une matière-objet : la surface mise à nu conserve les diverses traces tel un corps, un paysage magnifié, qui en devient sacré.

Celestial Bath .. rustling, depths and pleasure is a dreamlike, apocalyptic journey over a photograph (the last adjective used for its etymological sense of the word: apokaluptein – to discover, reveal). By way of a chemical modification process, based on a traditional photographic practice known as mordançage, an inert mass comes to life in the developing basin. An anthropomorphic landscape appears, a grainy flesh is revealed. The epidermal surface is a theatre of the sensorial, visual and aural experience. A photosensitive epidermis peels away, undulates and becomes a mere remnant. A micro-organism and a micro-sound are expelled and begin an infinitesimal voyage through the object – matter: the exposed surface retains the various traces as would a body, a magnified landscape, which delivers itself as sacred.

« Bain céleste… » révèle la beauté formelle de l’oscillation d’une membrane épidermique par des phénomènes chimiques photographiques dans ses traitements, lumineux et sonores. Un micro monde onirique et charnelle est donné à voir dans des conditions visuelles inhabituelles. Lire les plis d’une peau tel une chair pelliculaire. Un corps mouvant indépendant n’est plus vu que comme sujet mais comme objet.

L’ installation multimédia se compose de trois rétroprojections sur toile de dimension croissante et variable. La surface de projection de chaque film est vue comme une peau tendue et résonnante tel un tambour, une modélisation d’un micro son est révélé au rythme de la réverbération sonore physique et spatiale. Un chant en algorithme sonore circule entre les trois écrans et circule et se base sur une destruction bio cellulaire comme un champ de sirène. Les écrans entoilés révèlent un micro-organisme en image et un « micro son ». Ils vibrent au contact du son diffusé telle une membrane que l’on peut effleurer du bout des doigts et contre laquelle on peut poser l’oreille pour un son magnifié.

Celestial Bath reveals a formal beauty held by an oscillation of the epidermal membrane of a photographic chemical phenomenon by both its traditional treatments, brightness and loudness. A micro oneiric and carnal world is lead to the visible under unaccustomed visual conditions. To read the folds of a skin membrane such a film-based flesh. A body caught in movement independent of its medium is no longer seen as subject alone but rather as object.

Celestial Bath is a audible film, an archeomodernist voyage through matter to reveal an anthropomorphic landscape humanely sensitive that opposes with a dehumanizing and cold scientific rigor. The spatial and topographical qualities of the photographic emulsion are brought to the forefront by loudly emitting the imperceptible micro sounds that travel and resonate along the thin flesh of the image. – a frontier both real or symbolic – between reality and fiction, between moving image and still, between etching and spectral waves. The infinitely small will be unveiled, sublimated through the infinitely large. An infinitesimal journey from the cellular composition of the skin, seen as the surface of the image – the surface or even the space behind as it signifies while interrogating the animality of our understanding of the body in relation to art, to life. A cellular flesh of the film based image – an epidermal sur- face witnessed as a magnified landscape that becomes source of a sensorial experience both visual and audible.

2015, extraits vidéo HD, installation visuelle, sonore et sensorielle, dimensions variables, vidéo sonore, 26’57’’. Production: Le Fresnoy.

Mes enjeux technologiques donne à voir un macro monde en image et micro monde en son. J’ai filmé un procédé traditionnel argentique qu’on « mordançage ou grignotage». Cette dimension introspective se situant dans une recherche aigu sur ces technologies et ses possibles qui relève d’une méditation intemporelle. Les outils de captations en images et sonores font de ce projet un enjeu technologique. Car en un sens la caméra de pointe utilisé me sert à rendre au mieux le passage du médium traditionnel argentique aux nouvelles technologies qu’on appelle aujourd’hui numérique. Tant dans sa prise de vue que dans le traitement des images en post-production, je me sers du monde de la photographie argentique pour mieux en révéler les capacités technologiques. Dans la captation sonore, un micro monde en aussi révélé, entre bricolage et perfectionnement technologique, les compositions sonores tout en matière font échos aux images. Ces matières sonores viendraient troubler la lecture des images en altérant l’émulsion photosensible tel un séisme qui viendrait soulever et déformer la couche terrestre ou l’abrasion d’un diamant sur un vinyle.

My technological intentions bring to the forefront an interest in seeing the macro world in image while a micro world through sound. I have documented a traditional photographic procedure called etching. This introspective dimension situates itself in specific research of technologies and the possibilities behind which reveal a non-temporal mediation. The tools for documenting both through image and sound lead this project into a technological investigation. In many ways, the advanced video camera chosen to document the process has itself lead the shift of a traditional analogue medium into that of new technology, what we call digital. Both in its shooting as well as the treatment of the image in postproduction, I have benefited from the world of analogue photography to better reveal the capacity of technology. With the acoustic documentation, a micro world is also revealed, between a do-it-yourself method and a hyper perfected technique, through their material the sonic compositions echo the two-dimensional images. This audible material come trouble the reading of the images by alte- ring the photosensitive emulsion such as an earthquake comes to raise and deform the tectonic plate or the abrasion of the diamond upon a vinyl.