Installation multimédia, 2014 / Multimedia installation, 2014.
Panorama 16_ « Solus Locus » _ Commissaire: Mathieu Orléans.
La renardière, 2014, installation multimédia © Le Fresnoy – Adagp
 Crédits photo © Marc Domage

Ma grand-mère paternelle, originaire du Nord-Pas-de-Calais depuis plusieurs générations, vit actuellement dans la banlieue Lilloise. Après plus de vingt-cinq ans d’union, « Gigi » a fuit à l’âge de quarante-cinq ans son mari d’origine algérienne. Ils ont tous deux dirigé des bars-discothèque en Europe ainsi qu’un «Hôtel de passe» à Aachen. Cette femme que j’ai rencontrée pour la première fois à vingt-trois ans a toujours été une énigme pour moi.Trois films tourné-monté en super 8 et en 16mm présentent de multiples volets en dévoilant le personnage principal: des fragments d’images pour des fragments de vies – ses dires, sa voix rauque et asthmatique, morcelés en souffle continu et en mots – ponctuent l’installation qui s’intitule « La renardière ».


My paternal grandmother, born in Nord-Pas-de-Calais like generations before her, now lives in the suburbs of Lille. At the age of forty-five, after more than twenty-five years of marriage, “Gigi” ran away from her husband of Algerian origin. Both ran bars and discotheques around Europe as well as a brothel in Aachen. This woman whom I first met when she was twenty-three has always been an enigma for me. Three films shot and edited in Super 8 and 16mm present multiple chapters revealing the main character: fragments of images for fragments of lives – her words, her hoarse, asthmatic voice, broken up into continuous breath and words – punctuate the installation titled La Renardière.

 L’image n’est faite que de grain. La pellicule réagit comme la chair : ça souffre, ça vit, ça se travaille, ça se retravaille, ça s’en prend plein la gueule.

La pellicule est comme un bout de vie, un morceau de vivant. Un corps torturé volontairement ou accidentellement.

 Un corps interdit et passionnel en devient pernicieux, à la limite du blasphématoire. Cette dichotomie entre le corps pudique dans la sphère intime et le corps publique est source d’étonnement et de fascination. 

Un catalogue de vie que je dissèque comme un corps, morceau par morceau, une suite d’images en matière. Un catalogue de vie que j’énumère métaphoriquement, en liste descriptive, comme le ferait un enquêteur impliqué, subjectif et touché. (Y.B.)


The image is all grain. The film reacts like flesh. It suffers, it is alive, it is worked, it is reworked, it takes its fill. Celluloid like a bit of life, a piece of life. 

A deliberately or accidentally tortured body. A forbidden and passionate body becomes pernicious, almost blasphemous. 

This dichotomy between the modest beauty in the private sphere and the public body is a source of astonishment and fascination. 

A catalogue of life that I dissect like a body, bit by bit, a series of images in matter. A catalogue of life that I metaphorically reel off, in a descriptive list, as would an involved, subjective and personally moved investigator. (Y.B.)

Gigi et le caldarium, 2014, dyptique, 21’24 », installation multimédia © Le Fresnoy – Adagp.
La renardière (détail – projection film 16mm – Le sacrifice), couleur, muet, 22’02 », boucle.